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 Le chevalier de Saint-Georges (1745 1799)

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calbo
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MessageSujet: Le chevalier de Saint-Georges (1745 1799)   Mer 25 Avr - 11:28

Le père de Joseph de Bologne s'appelle George de Bologne de Saint-Georges, riche planteur et membre d'une famille qui vit aux Antilles dans la colonie française de la Guadeloupe depuis 1645. George a vécu en France et a reçu une éducation d'élite. Le 8 septembre 1739, il épousé Elizabeth Merican. En janvier 1740, il fait l'acquisition d'une plantation de 50 hectares avec 60 esclaves. Anne, appelé aussi Nanon, jeune esclave de 17 ans née sur l'île, et George ont une relation amoureuse. Ils ont un fils qui vient au monde en 1745 et par un heureux présage le jour de Noël, le 25 décembre. Selon les lois en vigueur de l'époque, même reconnu par son père, son héritage africain ne lui permet pas de prétendre à la condition de noble. George de Bologne est soudain contraint de fuir. Le 17 décembre 1747, il blesse mortellement un homme en duel à la suite d'une soirée au cours de laquelle les convives ont fait ample consommation de « ponche ». Peu après, il quitte la Guadeloupe en secret afin de se soustraire à des poursuites judiciaires pour homicide. Il est condamné à mort par contumace et à la confiscation de ses biens le 31 mars 1748.
Chose surprenante, pour les protéger et les empêcher d'être vendus, Elizabeth, son épouse, quitte l'île avec Nanon, son fils et un esclave nommé François en déclarant, titres à l'appui, que ce sont ses serviteurs. Joseph célèbre son troisième anniversaire en mer et arrive en France le 4 janvier 1749. Le clan familial des Bologne use de son influence auprès de la Cour pour que George obtienne la grâce du Roi Louis XV. Joseph et ses parents peuvent alors retourner aux Antilles le 2 septembre 1749. Le manifeste du navire mentionne que George est âgé de 38 ans, Nanon de 28 et Joseph de 3 ans. Joseph est un enfant privilégié sur la plantation. Il a le temps de jouer et son père lui enseigne la musique et l'escrime. Quand il a huit ans, Joseph voyage vers Bordeaux avec Elizabeth pour aller à l'école et arrive en France le 12 août 1753.
Nanon et George débarquent à Bordeaux le 19 septembre 1755 et retrouvent Joseph à Paris qui va vivre avec eux dans le quartier huppé de Saint-Germain. George achète une charge de « gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi », ce qui signifie qu'il est au service de Louis XV. Il suit le monarque partout, assiste à son lever et à son coucher. La vie de Joseph change radicalement l'année suivante. En octobre 1756, il est admis dans l'académie d'escrime de Nicolas Texier de La Böessière, un pensionnat d'élite pour les enfants de l'aristocratie. Dans cette académie, au cours de la matinée, les élèves suivent des cours de mathématiques, d'histoire, des langues étrangères, de musique, de dessin et de danse. On consacre l'après-midi a l'escrime, discipline importante entre toutes. Dans un traité d'armes, publié en 1818, La Böessière fils, prénommé Antoine, écrit que Saint-Georges est « l'homme le plus prodigieux qu'on ait vu dans les armes ». L'entraînement d'équitation a lieu aux Tuileries sous la direction d'un maître écuyer.
En 1761, à l'âge de 15 ans, Joseph obtient le poste de Gendarme de la Garde du Roi. Il n'est de service que trois mois dans l'année et par conséquent n'a pas à interrompre ses études. Le nombre croissant d'hommes de couleur en France incite le gouvernement à limiter et canaliser l'immigration. Voltaire, philosophe du « Siècle des Lumières », est d'avis que les Africains et leurs descendants sont génétiquement inférieurs aux Européens blancs. Les propriétaires d'esclaves et les négriers esclavagistes usent de leur influence auprès du Roi pour maintenir une ségrégation raciale afin de protéger leurs intérêts. Le « Code Noir » qui régit les rapports entre maîtres et esclaves est en vigueur depuis le XVIIe siècle. Le 5 avril 1762, le roi Louis XV décrète que les nègres et gens de couleur doivent se présenter au greffe de l'Amirauté dans un délai de deux mois. Nanon s'y présente et La Böessière se charge de l'inscription de Joseph, son protégé, pour lui éviter le désagrément de comparaître devant les responsables de l'Amirauté. Joseph étudie à l'académie de La Boëssière pendant six années jusqu'à l'âge de 19 ans. Tous la monde l'appelle alors le chevalier de Saint-Georges. Voici ce que dit Claude Ribbe sur ce personnage d'exception : «Que son titre soit porté à bon droit ou non, ce chevalier passe en tout cas pour inimitable. Dans tout ce qu'il fait, il excelle et sa réputation naissante l'entraîne malgré lui à enchaîner les exploits. À dix-sept ans, Joseph est non seulement un sportif accompli mais, déjà, un homme public. Connu et reconnu, il pratique avec une supériorité déconcertante toutes les disciplines artistiques et sportives auxquelles les jeunes aristocrates négligent de s'adonner autant qu'ils le devraient. Le corps de Joseph étonne?
Il surprendra davantage quand l'Américain montrera de quelle façon il sait s'en servir. Avec un sens consommé de la provocation, le jeune homme fait de ce corps problématique - que les lecteurs de Voltaire considèrent peut-être comme un produit dégénéré - l'instrument même de sa gloire. Il se transforme en un objet admirable auquel, pourtant, il refuse de se réduire. Car ce n'est pas le corps de Joseph qui commande, c'est Joseph lui-même. Sa propre chair, il la subjugue aussi facilement qu'il sait dompter les chevaux les plus ombrageux. L'épée étant réservée à la noblesse, l'apprentissage des armes, sérieusement réglementé pour écarter les élèves et les maîtres indésirables, est le fait d'une élite. Figurer parmi cette aristocratie, et à la première place encore, n'est donc pas rien. Par sa précellence à l'escrime, Saint-George acquiert une position d'invulnérabilité à la fois physique et sociale.» Saint-Georges est alors connu dans le monde de l'escrime comme le « Dieu des Armes ». « On le voyait souvent traverser la Seine en nageant d'un seul bras, et au patinage, son adresse surpassait celle de tous les autres. En tirant au pistolet, il était rare qu'il manquât son but, » dit de lui Emil F. Smidak, auteur d'une biographie intitulé « Joseph Boulogne nommé Chevalier de Saint-Georges ».
En outre, Saint-Georges est aussi un habile danseur et il est remarquable à la course. Quand Saint-Georges a 19 ans, son père promet de lui offrir un cheval et un cabriolet s'il parvient à battre maître Picard, un excellent maître d'armes de Rouen. Saint-Georges l'emporte et bientôt on le voit conduire son attelage avec adresse dans les rues de Paris. L'année suivante, Gian Faldoni, un talentueux escrimeur italien vient à Paris pour défier Saint-Georges. Celui-ci refuse d'abord mais Faldoni ayant pris le meilleur sur tous les escrimeurs de Paris qu'on lui a opposés, Saint-Georges accepte de croiser le fer avec lui. Ce spectacle public attire des aristocrates et de nombreux maîtres d'armes. Les deux tireurs sont de force sensiblement égale et l'assaut d'armes est superbe. Henry Angelo écrira plus tard que ce fut l'Italien qui l'emporta mais le maître français Posselier, avec une égale dose de chauvinisme avance que Faldoni fut « bel et bien battu». Saint-Georges maîtrise le violon et le clavecin. Parmi les compositeurs reconnus qui lui dédient leurs compositions, on peut noter Antonio Lolli en 1764 et François-Joseph Gossec en 1766.
On pense qu'il a suivi les enseignements de Jean-Marie Leclair, autre compositeur important de l'époque et qu'il a étudié la composition avec Gossec. Saint-Georges prend part à la création du « Concert des Amateurs » en 1769. Banat a écrit qu’il est probablement devenu premier violon ou chef de l’orchestre vers 1771. C’est Gossec qui avait créé l’orchestre et en était devenu le chef. Claude Ribbe donne la composition de cet orchestre : «L'ensemble, où se côtoient amateurs et professionnels de l'Académie Royale de Musique et de la Musique du Roi, comprend plus de soixante-dix pupitres dont quarante violons et tailles, douze violoncelles et huit contrebasses, auxquels viennent s'ajouter les vents : flûtes, hautbois, clarinettes, trompettes, cors et bassons.» Saint-Georges a composé une sonate pour flûte et harpe. Lui et Gossec sont parmi les premiers compositeurs français de quatuors à cordes, de symphonies concertantes et de quatuors concertants. Ses premiers quatuors à cordes sont joués dans les salons parisiens en 1772. «Pendant la saison de concerts 1772-1773, Joseph dirige et joue deux premiers concertos pour violons aux «Amateurs», précise C. Ribbe et le Mercure rapporte qu'ils «ont reçu les plus grands applaudissements tant pour le mérite de l'exécution que pour celui de la composition.» Dans les explications figurant sur les pages du livret du disque Arion 55445 (1999), le violoniste Joël Marie Fauquet écrit : «Saint-Georges a tôt acquis une maîtrise de la technique et de la sonorité, de telle sorte que son talent moelleux sur le violon lui faisait quelquefois donner la préférence sur les plus habiles artistes de son temps...» Saint-Georges prend la direction du « Concert des Amateurs » en 1773, réussissant à mener de front sa carrière de chef d'orchestre et de compositeur.
De 1773 à 1775, il composa 8 concertos pour violon et deux symphonies concertantes d’après la liste des oeuvres compilées par Gabriel Banat. En 1775, deux années après ses débuts de chef d'orchestre, « L'Almanach Musical » qualifie cet ensemble de « meilleur orchestre symphonique à Paris, voire d'Europe ». Gabriel Banat, le biographe du Chevalier, nous apprend que l’on sollicita des appels d’offres pour administrer l’Opéra de Paris et l’une de ces offres fut soumise par une compagnie à la tête de laquelle se trouvait Saint-Georges. Il cite sur ce point le numéro en date de janvier 1776 de la Correspondance du Baron Grimm, revue de la vie parisienne et mentionne cet extrait : Dès que Mesdemoiselles Sophie Arnould, Marie-Madelaine Guimard et Rosalie Levasseur eurent été informées de la candidature de Saint-Georges à la tête de l’Opéra, elles présentèrent un « placet » (une pétition) à la Reine pour lui faire savoir que «Leur honneur et la délicatesse de leur conscience ne leur permettraient jamais d’être soumises aux ordres d’un mulâtre…» Et Grimm ajoute non sans ironie : «Une si importante considération a fait toute l’impression qu’elle devait faire». Après maints projets et discussions sur cette affaire, le Roi en définitive prit la décision de faire administrer l’Opéra par les Intendants de ses Menus Plaisirs.
Gabriel Banat s’est demandé si les préjugés raciaux furent la véritable cause du rejet de Saint-Georges à la direction de l’Académie Royale de Musique: Le placet en question mit un terme aux aspirations que Saint-Georges pouvait avoir de devenir le directeur de cette grande institution, poste musical le plus prestigieux de France. D’après ce que nous savons, ce fut la plus sérieuse déconvenue qu’il eut à subir jusqu’alors. En fait, qu’en fut-il réellement de cette affaire ? Gabriel Banat mentionne que Marie-Antoinette ne fut pas en mesure de prendre la défense de Saint-Georges. Madelaine Guimard tout comme Sophie Arnould lui avaient maintes fois apporté leurs concours gracieux lors de fêtes organisées à Versailles. De plus, la Reine avait des obligations à leur égard car ces dames avaient usé de leur influence à l’Opéra afin que Gluck - autrefois le professeur de musique de Marie-Antoinette à Vienne - puisse présenter ses opéras, se produire en concert à Paris et connaître le succès. L’auteur ajoute que Saint-Georges se proposait de réorganiser l’Opéra, réformes qui firent craindre à Rosalie Levasseur et Sophie Arnould d’être congédiées. Dernier point d’importance, G. Banat précise que Papillon de la Ferté qui, en définitive, fut maintenu à son poste d’intendant des menus plaisirs du Roi - poste que le Roi voulait supprimer - fut chargé en définitive d’administrer l’Opéra. Or, il se trouvait que Papillon de la Ferte n’était rien d’autre que « l’amant de cœur » de Madelaine. En vérité, chaque membre de cette cabale allait tirer profit de cette intrigue. Les cantatrices furent assurées que le statut quo serait maintenu. De plus, La Guimard, par l’intermédiaire de son amant, aurait virtuellement les pleins pouvoirs à l’Opéra.
Quant à Papillon, il allait exercer un pouvoir encore plus grand que celui qu’il avait au bon vieux temps, c’est à dire avant que Louis, l’économe, ait accédé au trône.

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MessageSujet: Re: Le chevalier de Saint-Georges (1745 1799)   Mer 25 Avr - 11:31

Les autorités religieuses font pression sur Louis XVI pour abolir l'esclavage. Vers 1776, le Roi fustige cette détestable institution. Cependant, les réactions des propriétaires d'esclaves et des négriers sont si fortes que de nouvelles mesures raciales sont adoptées en 1778. Le Roi ordonne aux nègres, mulâtres et gens de couleur vivant à Paris de se faire délivrer des papiers d'identité. On exige des capitaines de navires qu'ils se mettent en relation avec l'Amirauté avant d'autoriser de tels passagers à débarquer. Les mariages interraciaux étaient interdits si un Africain ou un individu d’ascendance africaine avait débarqué avant le 9 août 1777. On a beaucoup parlé de la réputation de Saint-Georges qualifié souvent de « Don Juan Noir ». Le professeur Ribbe attribue à Bachaumont cette appellation empreinte de jalousie. « En attribuant le pouvoir de séduction du Chevalier ni à sa beauté ni à ses qualités mais à son « talent merveilleux », autrement dit è ses performances sexuelles, Bachaumont brode sur un fantasme raciste récurrent qui attribue aux Africains et à leurs descendants une anatomie à la mesure de leur tempérament, c'est-à-dire de leur sexualité supposée bestiale. Saint-Georges a certainement eu au moins une relation amoureuse sérieuse, mais le climat raciste qui règne alors en France lui interdit tout mariage à son niveau social. Bien qu'il ait été récusé comme directeur de l'Opéra de Paris, Saint-Georges va un peu plus tard être appelé à diriger le théâtre privé de la marquise de Montesson. Chaque semaine, il donnera deux ou trois représentations. En outre, sur les instances de la Marquise, épouse de Louis-Philippe, duc d'Orléans il est nommé lieutenant des chasses du domaine du Raincy situé dans la forêt de Bondy où le Duc possède un château, bâti au XVIIe siècle par l'architecte Le Vau.
Pur Ernestine, sa première comédie musicale en trois actes, Saint-Georges n'a écrit que la musique. Cet opéra fut présenté à la Comédie Italienne le 19 juillet 1777. Si la musique fut dans l’ensemble appréciée par les critiques, en revanche le livret reçut un mauvais accueil. Claude Ribbe estime que vers 1778, on peut considérer que Saint-Georges est à l'apogée de sa carrière. Il a publié deux symphonies concertantes en 1776 et deux autres en 1778. En 1777, il composa trois concertos pour violon et six quatuors à cordes. On a parfois surnommé Saint-Georges « Le Mozart Noir », appellation que récuse Dominique-René de Lerma, spécialiste des œuvres de Joseph Bologne et professeur au département de musique de Lawrence University, dans le Wisconsin. Poquoi ne pas faire totale abstraction de ces considérations de couleur de peau, dit-il ? Si l'on ne peut s'affranchir de tels préjugés, puisque Saint-Georges a influencé l'écriture musicale de Mozart, que n'a-t-on appelé Mozart dès lors « Le Saint-Georges Blanc». En fait, Saint-George a toujours été une personnalité hors du commun dans le monde de la musique classique. C'est un musicien et compositeur talentueux mais c'est aussi l'un des meilleurs escrimeurs d'Europe et un colonel héroïque de la Révolution Française. Le 12 octobre 1778, Saint-Georges fait jouer pour la première fois «La Chasse», sa deuxième comédie musicale. Le public lui réserve un accueil enthousiaste et il est unanimement encensé par la presse. Dès l'année 1779, Saint-Georges est invité à jouer de la musique avec la Reine Marie-Antoniette à Versailles. Claude Ribbe fait remarquer que certains courtisans n'apprécient pas qu'il soit l'un des proches de la souveraine. Une nuit, Saint-Georges et l'un de ses amis qui se promènent dans les rues de Paris sont agressés par six hommes. Ils se défendent jusqu'au moment ou le guet-une patrouille de police-intervient et arrêtent les agresseurs. On les libère bien vite de prison quand on apprend que ce sont des hommes de la police secrète de Versailles!
Il semble très probable qu'on ait cherché à l'assassiner en haut lieu. Désormais Saint-Georges se déplace prudemment afin de prévenir d'autres agressions. Ansi, il choisit le théâtre privé de Madame de Montesson pour le première représentation de L'Amant Anonyme en mars 1780. Il a publié deux symphonies auparavant. Le Chevalier est le premier franc-maçon noir de France. Il est initié à la loge du Grand Orient de France, dénommé « La Loge des Neuf Soeurs ». Le Concert des amateurs est dissout en 1781 ; Les francs-maçons fondent alors un nouvel ensemble, «Le Concert de la Loge Olympique». Cet orchestre est commandité par «La Loge olympique de la Parfaite Union». Les musiciens sont tous des maçons et sont aussi talentueux que ceux du « Concert des Amateurs ». Ils jouent dans le quartier élégant du Palais Royal sous la direction de Saint-Georges. En 1784, Saint-Georges se rend à Vienne pour commander six symphonies à Franz Joseph Haydn, connues plus tard sous le nom de « Symphonies Parisiennes ». L'orchestre a transféré au Palais-Tuileries en 1786. Homme de lettres, juriste, diplomate, écrivain érudit, capitaine de dragons et héros de « La Guerre de Sept Ans », la vie de d'Eon a inspiré de nombreux auteurs. C'est un personnage aussi éclectique que Saint-Georges pouvait l'être mais dans des domaines différents, l'escrime étant toutefois l'un de leurs centres d'intérêt communs. ans ses jeunes années, d'Eon est beau comme une fille avec un corps aussi tonique qu'un danseur de l'Opéra. Le Roi Louis XV a l'idée incongrue de confier à d'Eon la mission d'approcher la tsarine Elisabeth Prétrovna revêtu de vêtements féminins pour signer un traité d'alliance. Envoyé ensuite comme ambassadeur à Londres, il tombe bientôt en disgrâce et reste en Angleterre où il vit de façon précaire. Il aurait accepté de porter définitivement des vêtements de femme à condition que sa pension lui soit restituée afin notamment d'apaiser les inquiétudes de George III, en proie à une jalousie morbide.
Le Roi d'Angleterre est convaincu que son épouse, la princesse Sophie-Charlotte de Mecklembourg-Strélitz, voit d'Eon en secret. C'est du moins une explication, parmi d'autres, avancée par les historiens. Opposer deux escrimeurs talentueux, un «Américain des îles», au Chevalier d'Eon, devenu «Chevalière», apparaît comme un spectacle tout à fait original. D'Eon a 59 ans lors de cette rencontre le 9 avril 1787. Saint-Georges, quant à lui, n'a que 42 ans. Gabriel Banat ecrit sur son livre biographique (page 297) que le 9 avril 1787, Saint-Georges ne fut touché qu’une fois par son adversaire mais c’est Saint-Georges qui remporta l’assaut. On peut toutefois penser que cet assaut est une démonstration amicale en présence du Prince du Galles et que Saint-Georges a été complaisant en s'opposant à un partenaire en robe. On peut rappeler aussi que Saint-Georges n'est déjà plus en possession de ses moyens physiques. Antoine La Boëssière nous apprend qu'à l'âge de quarante ans, il a eu le malheur de se rompre le tendon d'Achille du pied gauche.
Cependant, il a toujours une bonne main pour parer et riposter. En dépit de son âge, d'Eon, escrimeur tout aussi exceptionnel que Saint-Georges, n'a jamais arrêté de s'entraîner. C'est toujours un escrimeur efficace si l'assaut ne se prolonge pas au-delà de quelques touches. Quatre mois après cet assaut d'armes à Londres, Saint-Georges crée La Fille Garcon à la « Comédie-Italienne ». Une fois de plus, la plupart des journaux encensent la musique de Saint-Georges et non le livret écrit par Antoine Eve dit Desmaillot. Le baron Melchior, influencé par les idées racistes de Voltaire met en doute le talent novateur du Chevalier. S'il estime que Saint-Georges joue fort bien du violon, en revanche il ose dire qu'il n'a pas un esprit créatif et il ajoute cyniquement «qu'il serait contraire à la nature qu'il le fût» : «Cette pièce est mieux écrite qu'aucune autre de Monsieur de Saint-George. Et néanmoins elle apparaît également dépourvue d'invention. Ceci rappelle une observation que rien n'a encore démenti, c'est que si la nature a servi d'une manière particulière les mulâtres en leur donnant une aptitude merveilleuse à exercer tous les arts d'imitation, elle semble cependant leur avoir refusé cet élan du sentiment et du génie qui produit seul des idées neuves et des conceptions originales. En outre, Claude Ribbe fait remarquer que ce terme « mulâtre » est péjoratif et offensant au XVIIIe siécle tout comme il peut l'être de nos jours. Saint-Georges et le «Concert de la Loge Olympique» jouent les «Six Symphonies parisiennes», Nos 82-87 de Haydn au cours d'une série triomphale de concerts en 1787.
La Symphonie N°85 s'appelle « La Reine » parce que c'est la symphonie que préfère Marie-Antoinette. Les voyages de Saint-Georges à Londres lui permettent d'être introduit dans les cercles qui militent contre l'esclavage. Il contribue à la création de la « Société des Amis des Noirs ». Il écrit une comédie musicale pour enfants, appelée Aline et Dupré ou le Marchand de Marrons, sur un livret écrit par un acteur lillois. Il la joue pour la première fois le 9 août 1788. Un soir, en janvier 1790, par une nuit sans lune, alors qu'il se rend seul à pied vers une salle de concert à Londres, son étui de violon sous le bras, un homme le menace d'un pistolet et d'un bâton dans l'intention de le voler. Il se bat contre le voleur mais voit surgir alors quatre autres agresseurs qu'il parvient seul à mettre en fuite. Saint-Georges vit à Lille quand éclate la Révolution en juillet 1789. Il s'engage dans la Garde Civile un peu plus tard de cette même année. Il obtient le grade de capitaine en 1790. Le fait d'être militaire, en garnison à Lille, ne l'empêche pas d'accepter des concerts et de faire des démonstrations d'escrime.
Il écrit même un opéra, Guillaume-Tout-Coeur ou les Amis de village. Le livret est de Monnet, un acteur lillois. Il crée cet opéra 8 septembre 1790. Les liens de Saint-Georges avec L’Ancien Régime faisaient maintenant de lui un suspect, c’est pourquoi sur certains documents d’archives que l’on a découverts, il signe simplement George. Officier de la Garde nationale, Saint-Georges devient l'aide de camp des généraux François de Houx, commandant de Lille et du général François Miaczynski. Le 1er septembre 1791, une délégation d'hommes de couleur, conduite par Julien Raimond de Saint-Domingue, demande à l'Assemblée Nationale de leur permettre de combattre pour défendre la Révolution et ses idéaux d'égalité. Le jour suivant, l'Assemblée approuve la formation d'un corps de troupe, composé essentiellement d'hommes de couleur avec 800 hommes d'infanterie et 200 cavaliers. Saint-Georges en devient le chef de brigade avec le grade de colonel. L'appellation officielle de cette brigade est «Légion Franche de Cavalerie des Américains et du Midy» mais bien vite elle est connue de tous sous le nom de « Légion Saint-George ». L'un des chefs d'escadron de cette compagnie allait s'illustrer plus tard dans les armées de la Révolution. Il s'appelle Alexandre Dumas.
Son fils, le célèbre romancier et l'auteur des Trois Mousquetaires portera le même nom que son père. Le général Dumas est né à Jérémie, à la pointe ouest de l'île de Saint-Domingue et tout comme Saint-Georges, il est le fruit des amours d'une esclave noire, Césette Dumas, et d'un noble ruiné, le marquis Davy de la Pailleterie, propriétaire d'une modeste plantation. Les Autrichiens assiégent Lille et les hommes de Saint-Georges sont parmi les premiers à combattre. Contrairement à ce que l'on peut parfois lire, Saint-Georges ne craint pas de monter au feu et de se porter à la tête de ses troupes alors que son grade de chef de brigade peut lui éviter de prendre des risques. Les Autrichiens sont finalement repoussés et Saint-Georges rend fièrement compte à la Convention de sa victoire. Bientôt toutefois, les responsables du Ministère de la Guerre décident de retirer les hommes de couleur de la Légion pour les envoyer dans les colonies afin de réprimer les insurrections. Cette brigade prend alors le nom de «13e Régiment de Chasseurs». Des détracteurs de Saint-Georges, y compris Alexandre Dumas, tentent de dénigrer Saint-Georges. Ils avancent que la troupe est démoralisée et a des problèmes d'intendance, notamment en de matière nourriture et d'équipement. Sant-Georges a joué un rôle crucial pour déjouer la trahison de Dumouriez à Lille en avril 1793. Le général Charles François Dumouriez, vaincu à Neerwinden en Belgique en mars, a entamé des négociations secrètes avec l'Autriche pour marcher sur Paris. Il entend proclamer le dauphin, Roi de France sous le nom de Louis XVII. L'armée de Dumouriez s'installe à Maulde à 30 km de Lille. Miaczinski est envoyé avec 4000 hommes pour établir une base à Orchies au sud-est de Lille. Le but est de s'emparer de Lille, Douai et Péronne avant de se diriger vers Paris et de rétablir le pouvoir monarchique. Dumas et Saint-Georges au courant de la conjuration envoient un émissaire pour avertir le commandant de la place de Lille de l'arrivée de Miaczinski qui arrive à Lille avec une escorte réduite. Celui-ci est arrêté de son arrivée, conduit à Paris et exécuté le 22 mai 1793. Quant à Dumouriez, il se réfugie à l'étranger. La République est sauvée. Saint-Georges apparaît comme un héros mais pas pour longtemps. Ses liens avec l'aristocratie font de lui un suspect.
Simon Dufresse, «Commissaire du Peuple» fut l’auteur d’une dénonciation. cnglante. Il apparaît qu’Alexandre Dumas avait des sympathies politiques différentes de celles de son colonel. Il s’associa avec d’autres pour accuser son supérieur hiérarchique de malversations. Le colonel Saint-Georges fut arrêté le 4 novembre 1793 et emprisonné sans jugement. Finalement après la chute de Robespierre, les orientations politiques changèrent. Le Comité de Salut Public décréta en définitive que Saint-Georges avait été destitué injustement. Il espère reprendre son commandement mais n'y parvenant pas, il part pour Saint-Domingue.

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MessageSujet: Re: Le chevalier de Saint-Georges (1745 1799)   Mer 25 Avr - 11:31

Durant le printemps 1797, Saint-Georges revient à Paris et dirige un nouvel orchestre « Le Cercle de l'Harmonie » qui s'établit dans les anciens appartements du duc d'Orléans au Palais-Royal. Vincent Podevin-Baudin et Laure Tressens qui - à l'occasion consacrée au Chevalier de Saint-Georges par les responsables des « Archives Départementales de la Guadeloupe » - ont publié un livre, intitulé Le Fleuret et l'Archet avec pour sous-titre Le Chevalier de Saint-George, Créole dans le Siècle des Lumières, citent un article paru sur « Le Mercure », en date du mois d'avril 1797 selon lequel «les concerts qui ont déjà eu lieu sous la direction du fameux Saint-George, n'ont rien laissé à désirer pour le choix des morceaux et la supériorité de l'exécution» Saint-Georges vit seul dans un petit appartement à Paris les deux dernières années de sa vie. A la fin du printemps 1799 il est atteint d'une infection de la vessie. Il est fiévreux et se sent de plus en plus faible. Nicolas Duhamel, l'un de ses anciens compagnons d'armes, veille sur lui. Saint-Georges meurt le 10 juin 1799. Claude Ribbe fait remarquer que contrairement à ce qu'on a pu dire, il ne meurt pas dans l'oubli.
Tous les journaux célèbrent sa mémoire avec respect et émotion. Un éditeur de musique publie un peu plus tard des œuvres posthumes d'un concerto pour violon et d'une série de sonates. Luc Nemeth écrit : « La brève qui, dans le Journal de Paris du 14 juin 1799, avait annoncé la mort de Saint-George (cf. supra ), ne manquait pas de roublardise. Car, en dépit de sa brièveté, elle parvenait donner l'illusion de trop-plein, avec son allusion à la supériorité de celui-ci dans "les armes, la danse, l'équitation, la musique" ! Bref, on continuait de lui reconnaître tous les talents, pourvu qu'ils fussent limités aux domaines sportif et artistique…». Nemeth ajoute que Saint-Georges « incarnait, aux yeux de son époque, un passé éloigné ». Le premier paragraphe de l'article finit avec cette phrase : Mais lui aussi subissait maintenant la dure loi : pour avoir trop bien incarné l'avenir, il ne pouvait plus être identifié même lointainement au présent…». La Convention abolit l'esclavage dans les colonies françaises en février 1794. L'idéal d'égalité pour lequel Saint-Georges et ses volontaires de couleur ont combattu si bravement est bientôt ignoré. Napoléon Bonaparte envoie des troupes à la Guadeloupe et à Saint-Domingue avec pour mission le rétablissement de l'esclavage. Sous la conduite de Louis Delgrès, tous ceux qui se considéraient désormais comme des Guadeloupéens libres se révoltent mais le 28 mai 1802 ils sont battus par les troupes du général Antoine Richepance.
Plutôt que de vivre à nouveau dans les fers de l'esclavage, des centaines d'insurgés se donnent la mort.Louis Delgrès, officier noir, colonel des armées de la Révolution, refuse de se soumettre. Après avoir résisté au fort Saint-Charles, il gagne la montagne avec trois cents hommes. Quand les troupes de Richepance l'encerclent plutôt que de se rendre, il met le feu aux barils de poudre qu'il détient. Il meurt avec ses hommes dans l'explosion mais provoque aussi la mort d'un grand nombre de soldats de Richepance. L'abolition définitive de l'esclavage ne sera effective qu'en 1848. La tentative de reconquête de Saint-Domingue entraîne la mort de milliers d'insurgés et de soldats commandés par Leclerc, le beau frère de Napoléon. Les gens de couleur qui vivent en France souffrent alors de discrimination. Le 29 mai 1802, un décret officieux met à l'écart tous les officiers de couleur de l'armée, mettant un terme à la brillante carrière du général Alexandre Dumas.
Le Professeur Ribbe déplore que « les manuels d'histoire disent bien peu de choses du chevalier de Saint-George ou du million d'esclaves déportés aux Antilles françaises, que Voltaire soit honoré comme le plus brillant des humanistes et Napoléon, comme le plus glorieux des hommes d'état.»
Grâce à la Fédération Nationale des Associations et Groupements des Originaires d'Outre-Mer, une rue de Paris dédiée au Général Antoine Richepance a été débaptisée et en décembre 2001 a pris le nom de « Rue du Chevalier de Saint-George ». Luc Nemeth fait remarquer que la plaque de signalisation de la rue mentionne le titre «Colonel de la Garde Nationale». Il s’agit là d’une information erronée ou d’un mensonge par omission, plus de deux siècles après ce décret de décembre 1792 qui déjà avait ôté son identité à la "Légion Noire". Le chaine de télévision TV5 au Québec a, le 10 avril 2003, présenté un documentaire de 52 minutes intitulé Le Mozart Noir : Rétablir une Légende. L'acteur Kendall Knights incarne Saint-Georges au cours de scènes dramatiques entrecoupées de commentaires historiques et d'extraits de ses œuvres musicales exécutées par l'Orchestre Baroque Tafelmusik, dirigé par Jeanne Lamon. Ce documentaire a été diffusé dans un grand nombre de pays. Site Web : www.lemozartnoir.com

source : http://chevalierdesaintgeorges.homestead.com/Vie.html#5

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joachim

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MessageSujet: Re: Le chevalier de Saint-Georges (1745 1799)   Ven 27 Avr - 21:25

Un article sur Saint George depuis 3 jours, et je ne l'avais pas encore vu Very Happy

Ecoutez ses concertos pour violon (il en existe une quasi intégrale chez le suisse Avenira), vous ne pourrez plus vous en passer.

Voici par exemple, pour remercier Calbo, le premier mouvement de son concerto opus 8 n° 9

Au regard de la loi française Rapidsahre est illégal pour des questions de droit voisin. Je suis obligée de le retirer, merci de ta compréhension
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calbo
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MessageSujet: Re: Le chevalier de Saint-Georges (1745 1799)   Ven 27 Avr - 21:28

Pas de problème Joachim, j'avais un peu pensé à toi en ouvrant ce fil. Par contre je suis obligée de retirer ton lien car rapidshare est illégal au regard de la loi francaise. Fais le moi parvenir par MP, s'il te plait, merci.

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Le chevalier de Saint-Georges (1745 1799)
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